La saga Sommer
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|  | Le site fut occupé par un moulin à blé appelé « moulin des écluses », puis dès 1783 par une foulerie et une dégraisserie. C'est le 6 août 1807 que le manufacturier de Sedan, Abraham André Poupart de Neuflize pose la première pierre d'un nouveau bâtiment. Une plaque de cuivre, gravée pour la circonstance, a été découverte dans les ruines de 1918. Elle est gardée précieusement par la société historienne locale, « Les Amis du vieux Mouzon »
« Cet établissement destiné à recevoir des mécaniques à carder et filer les laines fines, unique dans l'Ancienne France, a été fondé par Jean Abraham André Poupart de Neuflize, propriétaire d'une manufacture de draps fins à Sedan, cy-devant Royale et privilégiée, encore aujourd'hui la plus considérable [ .]. La première pierre a été posée le six août mil huit cent sept [.] quatre jours après la publication du Traité de Tilsitt qui, en donnant la paix au Continent, assure à jamais le bonheur de l'Empire français et la prospérité de son commerce. » Cité par Gérard Gayot in « Les draps de Sedan » Ed Edhess - 1998.
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| La crise économique de 1826 - 1832 eut raison de l'empire Poupart et ses créanciers, Jacques Lafitte et Cie, deviennent propriétaires de la fabrique dont ils confient la direction à J.M. Berguenheuse. L'ensemble passe aux mains de Henry-Hanotel en 1860, puis de Charles Camion-Marée. C'est ce dernier qui fait appel à Alfred Sommer, de Pierrepont, pour ses qualités de teinturier. En 1880, Alfred Sommer fonde la «Manufacture de Mouzon » et achète en 1887 les bâtiments de « l'ancienne filature des Ecluses ».
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1880 - 1914 : le tournant
| C'est entre ces deux dates que le site passe de la filature au feutre et « Le Monde illustré » du 20 août 1922 affirme : « L'usine comprenait avant la guerre un matériel puissant capable de produire 5 000 kilos de feutre par jour, elle était actionnée par deux turbines hydrauliques de 500 chevaux et par une machine à vapeur de 1 000 chevaux ».
L'ensemble fut détruit par les Allemands et Roger Sommer qui hérite de son père en 1920 reconstruit l'usine ainsi qu'une partie de Mouzon puisque, précise « Le Monde Illustré », il fait « élever de nouvelles et coquettes habitations pour son personnel. »
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Les Sommer et le Feutre
| 1918 : La fabrique est entièrement brûlée par les Allemands quelques jours avant l'Armistice.
1919 : Roger Sommer, fils d'Alfred, reconstruit l'usine et en 1930, Mouzon redevient une des plus importantes fabriques de feutre d'Europe avec 5 turbo alternateurs produisant 3 000 chevaux, 2 turbines modernes installées sur la Meuse, un pont roulant déchargeant le charbon qui arrivait par péniches, le tout permettant la consommation de 10 tonnes de matière au quotidien. Cette évolution s'accompagne d'innovations dans les produits : les « thibaudes » qui doublent l'épaisseur du tapis, le tapis feutré qui remplace économiquement la moquette alors que les chaussons de feutre constituent le prestige de la marque.
1936 : Lors des grandes grèves, l'usine est occupée mais les tensions les plus âpres sont entre les grévistes et les non grévistes. En 1937, Roger Sommer demande des indemnisations à la commune pour "les dégâts causés dans son usine par l'occupation de celle-ci". Devant le refus de la municipalité, Roger Sommer ne participe pas à la reconstitution de la société musicale "La Mouzonnaise" et la municipalité réplique en refusant d'amener l'adduction d'eau aux Cités Sommer seulement équipées d'une borne fontaine !
1940 : Destruction à 45 % de l'usine par faits de guerre.
1945 : Redémarrage de l'entreprise.
1947 : Devient S.A.R.L. "Roger Sommer et fils" (François, Raymond, et Pierre). Devant la perte de vitesse de la pantoufle, la société s'oriente vers les productions pour l'automobile et le bâtiment.
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| Affiche couleur : ( Le document est à la fois plaisant et informatif. Le site est parfaitement évoqué et on reconnaît, aujourd'hui encore, l'usine haute à la pointe de l'île - la cheminée en moins - le canal et la Meuse libre qui s'écoule à gauche. L'énorme mouton tondu sur place est une première entorse à la réalité, mais la représentation côte à côte des trois moyens de transport utilisés - la voie d'eau, le rail et la route - idéalise fortement la situation. A travers les petits personnages présents, ce sont les destinations des expéditions qui sont suggérées : les Amériques, l'Afrique, l'Asie et l'Europe. Enfin, il ne manque même pas l'évocation du passé glorieux de Roger Sommer dans l'aviation grâce à l'aéroplane qui survole le paysage ! )
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| 1950 : Lancement du premier feutre insonorisant pour l'automobile.
1953 : Devient Société Anonyme de 250 salariés, présidée par François Sommer. C'est la grande période de l'invention du « Tapiflex », (revêtement de sol plastique constitué d'une enduction vinylique sur un feutre jute aiguilleté armé d'une toile) et en 1959 du « Tapisom », premier revêtement de sol aiguilleté entièrement synthétique.
1959 : A l'origine de la Participation et de l'Intéressement dans le cadre de l'Ordonnance du Général De Gaulle du 7 janvier 1959.
1961 : Construction à Sedan - Glaire d'une usine spécialisée dans les revêtements de sols et de murs.
1965 : "Sommer.S.A." rassemble toute la branche industrie ainsi que la société de recherche, la "Setep". La part du feutre qui représentait 100 % de la production en 1954, passe à 12 % en 1965 contre 88 % pour les revêtements.
1966 : Cotation en Bourse.
De 1968 à 1970 : Création de nombreuses filiales en Europe.
Evolution des effectifs sur Mouzon-Sedan. 1950 230 salariés. 1960 1 000 1967 2 000 1971 2 500 dont 850 à Mouzon.
1972 : Création du Holding "Sommer - Allibert". A ce moment, le chiffre d'affaires de 1953 avait été multiplié par 30 ! Sommer employait 6 500 personnes dont 1 300 hors de France, comptait 26 filiales dont 17 hors de France et bénéficiait de 96 000 points de ventes répartis sur 76 pays. Le siège social, d'abord 2, rue Paul Cézanne, Paris VIII ème, passe après incendie au 2, rue Ancelle à Neuilly, puis près de Nanterre.
1985 : Implantation sur la nouvelle zone industrielle de Mouzon. Cette structure se spécialise dans la fabrication d'aiguilletés destinés à l'automobile.
1988 : le groupe emploie 7 270 personnes en France.
2001 : Le groupe "Sommer-Allibert" a ventilé ses activités autour de trois métiers : les revêtements, le packaging (emballage), et les équipements automobiles. Au début de cette année, la société cède le contrôle de son activité automobile à l'équipementier Faurecia, leader européen (25 %) et 3° mondial sur le marché des sièges automobiles.
Mais c'est en 1991 que le groupe cède l'activité feutre à la société « Le Feutre S.A. » dont l'objet est « de poursuivre, dans la tradition, la production de feutre ainsi que de développer les textiles à usages techniques à base de laine. » La société porte aujourd'hui le nom de "Felt Industry" et emploie moins de 10 personnes.
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ALFRED (1847 - 1917)
| Il vient de Pierrepont, en Meurthe et Moselle. Teinturier d'origine, il fonde la "Manufacture de Feutre de Mouzon" en 1880 sur l'emplacement d'une filature créée en 1807 par la famille Neuflize. Le travail de la laine fait partie du savoir faire local et il est possible d'utiliser la force hydraulique de l'ancienne filature située au bord de la Meuse, immédiatement en aval d'un déversoir. Comme pour le cardé sedanais, le feutre tire partie d'une caractéristique de la laine : au microscope, une fibre de laine apparaît revêtue d'écailles. Sous l'action combinée de la chaleur, du frottement et de l'humidité, les fibres s'entremêlent et se resserrent : c'est le feutrage. En 1914, quand les Ardennes et Mouzon sont envahies, la fabrique de feutre est occupée par les Allemands. Alfred est pris en otage puis déporté. Au départ de l'occupant, l'usine comme la maison familiale est totalement détruite. Le fondateur de la dynastie Sommer décède bientôt des suites de sa captivité.
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ROGER (1877 - 1965)
|  | Il est né en 1877 à Pierrepont mais grandit à Mouzon. Il se forme à l'école des Arts et Métiers de Châlons en Champagne car le monde mécanique de l'usine paternelle suscite sa vocation d'ingénieur alors que les noms de Clément Ader, des frères Wright ou de Louis Blériot le font rêver. En 1908, Henri Farman réalise le premier vol de ville à ville : 27 kilomètres entre Bouy et Reims, à bord d'un biplan "Voisin". En 1909, à bord d'un "Henri Farman" acheté, Roger Sommer bat le record de durée de vol (détenu par les frères Wright) avec un vol de 2 heures, 27 minutes et quinze secondes. Le 24 mars 1911, il bat le record du monde de vol en charge en transportant 7 passagers (des enfants qu'il était allé attendre à la sortie de l'école de Douzy). Le vol entre Douzy et Remilly-Aillicourt, distants de 4 kilomètres, permit de transporter 454 Kg sur un biplan de sa fabrication. Dans les ateliers de construction d'avions Roger Sommer situés près de la gare de Mouzon, au Faubourg Sainte Geneviève, furent construits 182 avions entre 1909 et 1912 avec sur le gouvernail, peint au pochoir, "Roger Sommer, constructeur à Mouzon". Roger, tout en assurant la direction de l'usine de feutre s'était tout d'abord illustré dans l'aventure automobile naissante : âgé de vingt ans, en 1897, il avait construit seul une voiture à traction avant à partir d'un moteur De Dion monocylindre. Il a utilisé cet engin dépourvu de carrosserie comme véhicule postal alors qu'il était vaguemestre pendant son service militaire au 3° génie du fort des Ayvelles près de Charleville. Il construisit un "tricycle à moteur" avant d'acquérir plusieurs voitures dont une puissante 60 CV en 1905. Parallèlement, il poursuit le développement de l'entreprise familiale. Cette polyvalence se retrouve dans sa manière de gérer l'usine de feutre. A la fabrication de pantoufles, principal débouché de l'usine mais activité saisonnière, il ajoute d'autres activités : fabrication de vis à bois, décolletage, filature et tissage.
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FRANCOIS (1904 - 1973)
|  | Appelé par les cadres comme par les ouvriers "Monsieur François", il fut pilote de bombardier dès juin 1940 puis organisateur du groupe "ceux de la Résistance" dans les Ardennes. Après avoir rejoint le général De Gaulle et les Forces Françaises Libres à Londres, il devint membre du groupe "Lorraine" et, de 1942 à 1944, a participé à toutes les missions de bombardement de son groupe. Devenu commandant d'escadrille, il est accidenté trois fois. La fin de la guerre le voit Compagnon de la Libération, Commandeur de la Légion d'Honneur, Croix de guerre avec 7 citations, médaillé de la Résistance. C'est en 1953 qu'il devint P.D.G. de Sommer S.A. où ses initiatives dans le domaine social ont fait de sa société une firme pilote à travers l'idée de la participation qu'il théorisa dans deux ouvrages : "Au delà du salaire" paru en mars 1966 et "Participer" en 1968. En 1972, il organisa la fusion entre Sommer et Allibert dans une société ("Sommer - Allibert") au chiffre d'affaires de 1 milliard de francs dont il fut le premier P.D.G. Décédé brusquement après "une courte maladie", il fut inhumé non loin de Mouzon, au parc de vision de Belval qu'il avait créé. Arrivant de Paris le vendredi soir en vêtements écossais et portant casquette à rabat au volant de sa Land Rover, Monsieur François fut une vraie figure mouzonnaise. Outre ses actions sociales à travers, en particulier, la Fondation François et Pierre Sommer, il oeuvra pour développer le réseau routier et l'économie ardennaise, et surtout sedanaise, trop axée sur le seul textile. On lui doit la création de l'office national de la chasse ainsi que de nombreux ouvrages sur le sujet ; il est à la base de la création du Ministère de l'Environnement.
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RAYMOND (1906 - 1950)
| Il fut surnommé le "sanglier des Ardennes" après s'être lancé dans la compétition automobile en 1931. En 1932, il gagne les 24 h du Mans avec Chinetti sur Alfa-Roméo, et récidive en 1933 avec Nuvolari. Il court à Monza, participe à Paris-Nice. C'est en 1936 qu'il remporte le Grand Prix de l'Automobile Club de France pour devenir champion de France l'année suivante. Après d'autres succès, il est champion de France et d'Europe en 1946.
Il trouve la mort le 10 septembre 1950 au volant d'une Cooper sur le circuit de Cadours.
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PIERRE (1909 - 2002)
| Alors que François prit la direction des ateliers fabriquant les revêtements de sol, Pierre, le cadet, dirigea les ateliers du feutre qu'il s'est toujours attaché à améliorer. Il avait passé son bac à seize ans au lycée parisien Jeanson de Sailly puis s'était immédiatement retrouvé à apprendre le métier de feutrier, atelier par atelier. Des stages d'apprentissage avaient complété sa formation : huit mois dans un centre de triage et de lavage de la laine à Bradford et un voyage d'étude en Argentine et en Urugay. Exploitant les savoir-faire du feutrier face à l'arrivée de nouvelles matières, notamment artificielles, il a développé les feutres techniques et modernisé l'usine des années cinquante à soixante-dix. Aujourd'hui sortie du groupe, l'activité continue d'exister sous le nom de "Feutre S.A.". Pierre a confirmé son attachement à Mouzon par plusieurs donations qui ont contribué à l'embellissement de la ville. Avec son frère François, il a créé la "Fondation François et Pierre Sommer" qui intervient dans de nombreux domaines de la vie du personnel et de la vie locale.
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| L'ensemble usinier s'étendait sur 25 630 m² dont 5 825 viennent d'être rasés par la ville propriétaire des friches industrielles. Ce nouvel espace n'a pas encore trouvé de destination définitive mais devrait, au moins en partie, constituer un immense parking. Une autre zone a été réhabilitée dans la même opération municipale créant ainsi un ensemble de bâtiments destinés à être vendus à des artisans. Le « Feutre S.A. » s'étend sur le reste de l'espace. Le bâti est de type XIX ème siècle avec des murs de briques entrecoupés d'éléments métalliques. Les toits en « sheds » s'alignent le long de la Meuse mais la cheminée visible sur les anciennes cartes postales a disparu.
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